Art et Histoire : Le camp des Milles

Publié le 24 Mai 2014

Du 20 au 30 mai 2014, les élèves de 3e du collège Charles-Péguy présentent à la MJC les travaux réalisés au côté du plasticien Roman Kroke avec, comme point de départ, le camp [d'internement et de déportation] des Milles.
Cette exposition marque l'aboutissement d'un projet pluridisciplinaire sur l'art et la guerre au XXe siècle initié par leur professeure d'histoire Claire Podetti.
Labellisé par la Mission du Centenaire, ce projet a également reçu, du Conseil général de l'Essonne, le prix Ilan Halimi.
A l'occasion du vernissage de l'exposition, les élèves sont venus en personne présenter leurs oeuvres.

À lire : Aux clichés des oeuvres sont associés des extraits des textes de leurs auteurs.

  • Mme Teyssedre, principale du collège Charles-Péguy
  • Claire Podetti, professeure d'histoire au collège Charles-Péguy
  • Isabelle Teyssedre, Claire Podetti et Roman Kroke.
  • L'artiste Roman Kroke présente le projet mené avec les élèves de 3e du collège Charles-Péguy.
Au fond : Claire Podetti, Isabelle Teyssedre et Charles Henry (président de la MJC de Palaiseau).
  • Magali, auteure de La femme dans notre société
  • © Jean-Luc Bailleul
  • La femme dans notre société

Par Magali

La brique, «signe distinctif » selon Lion Feuchtwanger.

La femme objet, signe distinctif de notre société actuelle, selon Magali. Elle perçoit que « dans notre société, la femme est rabaissée, dominée, c’est une «femme objet » dont on se sert pour le marketting».

«J’aimerais que mon message touche les cœurs, que les femmes retrouvent une place honorable (...)»

 «J’aimerais que de leur côté les femmes arrêtent de vouloir plaire au monde entier, ce qui compte c’est d’être soi-même… N’acceptez plus d’être ce corps que l’on expose comme dans une boucherie, qui se goûte et s’achète, se vend… Ayez des principes et des valeurs et un cerveau avant d’avoir un corps.»
  • Lucie et Sounnat, auteures de Coin de silence
  • Coin de silence

Par Sounnat et Lucie aidées de Nasser

Les collégiennes se sont appuyées sur une phrase de Lion Feuchtwanger : «Trouver un coin où l’on puisse s’assoir tranquillement et rêvasser relevait presque de la mission impossible».

Les deux élèves ont fait le rapprochement entre le camp des Milles et l’urbanisation actuelle qui «permet de moins en moins de trouver cette quiétude».

«Aujourd’hui, il y a toujours beaucoup de bruit… Où peut-on entendre sa propre voix ? » interroge l’artiste Roman Kroke.
  • Romane, Sophie de Nolwenn, auteures de Double face
  • Double-face

Nolwenn, Romane et Sophie

Les élèves ont repris deux notions de l’œuvre de Lion Feuchtwanger : « les éclairés » et « les aveuglés ».

« Nous avons représenté les éclairés avec des lunettes pour montrer qu’ils ont une vue lucide sur la vie. La photo attribuée à la pensée [ndlr : photo extérieure au livre de L. Feuchtwanger, remise par Roman Kroke et Claire Podetti] avait une croix nazie que nous avons reprise. (…)

La tête représentée «domine l’œuvre symbolise Hitler, sa grandeur, son objectif de tout dominer.»
« Les lunettes représentent les éclairés, ceux qui protestent, se forgent leurs propres idées et portent un regard nouveau .»

« Nous avons réalisé cette œuvre pour montrer qu’aujourd’hui encore le combat contre le racisme a lieu. Il ne faut pas nous laisser influencer. Nous risquons d’être aveuglés et de ne plus prêter attention à ce qui nous entoure. Il faut apprendre à penser. »
  • Alexandre, Alexis, Eric, Louis et Simon, auteurs de L' Horloge du souvenir
  • L’horloge du souvenir

Alexandre, Alexis, Eric Simon et Louis

L’horloge arrêtée, symbole de la vie qui s’arrête lorsque l’on entre au camp.

«Le CD qui se trouve dans notre œuvre fait office de miroir donc on peut se projeter dans l’histoire, au camp des Milles. Au centre, l’horloge est arrêtée, mais on peut imaginer que les aiguilles continuent de tourner et fassent un tour complet pour revenir en 1939. On revient au début de la guerre et tout peut recommencer. Cette horloge nous permet de ne jamais oublier ce qui s’est passé entre 1939 et 1945. Il faut être vigilant et combattre toutes les discriminations.»
  • L’espoir disparaît

Par Rose et Marion


«La brique était autour de nous et symbolise le camp des Milles, c’était le seul matériau dont les internés disposaient en abondance. Nous avons choisi le titre de notre œuvre par rapport à la branche d’arbre qui se flétrit, symbole du désespoir des prisonniers. (…) Plus l’internement des gens durait, plus ils perdaient leur dignité humaine et l’espoir.»
  • Trace du camp des Milles

Par Erwan

«On nous avait installé dans un grand bâtiment de briques, et ces briques furent pour moi le signe distinctif de cette époque», écrivait Lion Feuchtwanger.

«C’est important de garder des traces de l’enfermement et de l’oppression à l’époque des nazis. C’est pour cela que j’ai choisi la brique», rapporte Erwan.

« Pour les lettres du mot brique, j’ai choisi des formes différentes pour symboliser que (…) les briques avaient des fonctions diverses. Les formes aigües et pointues de mes lettres montrent qu’une brique peut « blesser ». (…) De l’autre côté, les formes plus rondes symbolise le fait que les briques avaient aussi des fonctions positives ; elles servaient aux internés à se construire des chaises, tables, lits et les protégeaient de la chaleur », explique le collégien.
  • Engrenages

Par Thibaut


« J’ai représenté l’horloge qui se trouve sur la façade du camp des Milles. Je l’ai emboîtée dans des rouages qui entrainent une mécanique d’engrenages sur lesquels sont représentés des événements ou des faits passés. (…) Le fait que dans mon œuvre, l’horloge fait elle-même partie d’un système d’engrenage montre que parfois les systèmes sont plus complexes qu’on croit, et selon la perspective, il peut être difficile de voir l’ensemble du système et à quoi il sert. C’est aussi une question qui se pose si on se demande comment un système de discrimination peut s’installer et fonctionner.»
  • Hugo, Xavier, Clément et Amaury, auteurs de Contrôlés par le diable
  • Hugo, Xavier, Clément et Amaury, auteurs de Contrôlés par le diable
  • Contrôlés par le diable

Hugo, Xavier, Clément et Amaury

« Notre idée est de mettre le spectateur à la place du diable et le chapeau sert à mieux rentrer dans le rôle. Plusieurs époques sont représentées par les écrans dessinés sur les briques. C’est pour montrer que « le mal », la discrimination à travers l’histoire peut prendre des apparences différentes.

« Cette œuvre est faite pour lutter contre le racisme, idée directrice symbolisée par la télévision brisée qui montre la résistance face au diable et à ses manipulations. Un écran brisé force le spectateur à se faire ses propres idées sans images et opinions prédigérées », précisent les élèves.
  • Le temps ne fera pas oublier

Par Emma, Naïs et Juliette


«Nous avons réalisé la majorité de notre œuvre en noir et blanc car cela représente le passé. Nous avons réalisé les briques à l’aide d’un fusain après une tentative désastreuse du frottage. Ces briques représentent le camp des Milles. Les photographies représentent l’horloge, un écrivain, d’anciens ouvriers de la briqueterie, la cheminée, le wagon qui représente la déportation. Nous avons donné un titre rouge à notre œuvre – Le temps ne nous fera pas oublier – pour attirer l’œil du spectateur. Les gouttes de sang représentent la violence qu’il y a eu dans ce camp. Notre œuvre interpelle le spectateur en lui disant de ne pas oublier cette période.»
  • Maël, auteur de Les deux facettes du camp des Milles
  • Les deux facettes du camp des Milles

Par Maël

D’un côté, le camp des Milles (ancienne briqueterie) fut un espace de travail, de subsistance donc de joie. Par la suite, en devenant lieu d’internement, il est espace de désespoir.

Maël a transcrit cela à travers les couleurs utilisées (le noir pour le côté sombre du camp, le bleu pour sa facette heureuse d’avant-guerre), la création de portes et fenêtres évoque à la fois la liberté et sa privation pour les détenus.


Maël a été désigné, le jour-même du vernissage de l’exposition (mercredi 20 mai), lauréat au concours national de la Résistance et de la Déportation.
  • Alexis, Alexandre et Gwendal, auteurs de L'Enchaîné
  • L’Enchaîné

Par Alexandre, Gwendal et Alexis

Le bandeau « un symbole fort rappelant le sentiment d’impuissance des internés, livrés aux décisions arbitraires des autres».

« Nous avons voulu donner un esprit de robot, d’automate, en remplaçant son cœur par des rouages. Ses bras sont pliés comme des marionnettes, ses pieds sont liés par des chaînes pour montrer l’absence de liberté dans le camp des Milles. La tête est représentée par une grille ovale bandée pour signifier l’aveuglement, sur le torse est collée une feuille sur laquelle nous avons dessiné un mur de briques pour faire le lien avec le camp des Milles. »
  • Oeuvre spontanée de Rullau (membre du groupe de réinsertion)

Les couleurs utilisées symbolisent son goût pour le jardinage.