Service public

Anne-Laure Séménou

Professeur de SVT, au Lycée polyvalent Henri Poincaré

On voulait suivre le programme et on s’est vite aperçu que ce n’était pas possible avec ce mode de fonctionnement distancié. On a également réalisé toute l’importance du maintien du lien avec les élèves.

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L'école à distance

Passée les contretemps techniques et numériques de la première semaine où l’annonce du confinement et de la fermeture des établissements scolaires aura pris tout le monde au dépourvu, les enseignants du Lycée polyvalent Henri Poincaré, à l’instar de leurs confrères palaisiens, ont très rapidement su s’adapter et proposer à leurs élèves (près de 880), un ensemble d’outils en ligne pour poursuivre les cours et éviter le risque de décrochage scolaire.

Anne-Laure Séménou, professeur de SVT (Sciences et Vie de la Terre), raconte comment plus de 70 enseignants se sont mobilisés pour sauver l’année scolaire de leurs élèves avec en point de mire, pour certains, l’obtention d’un baccalauréat inédit.

Un grand coup de chapeau à tous les enseignants et élèves palaisiens qui ont relevé ce défi !

  • Comment s’est organisée la continuité des cours, dès la fermeture des établissements scolaires, le 16 mars dernier ?

Notre plus grande difficulté a été l’harmonisation des pratiques, avec ce que l’on appelle l’ENT, l’Environnement Numérique de Travail, qui nous permet de travailler avec les élèves via un seul et même outil. Hélas, il ne fonctionnait pas correctement, beaucoup rencontraient des problèmes de connexions. Exceptionnellement, on a dû pallier cette difficulté en récupérant les coordonnées des élèves, en créant des mailing listes et en communiquant sur l’application WhatsApp.

Au bout d’une semaine de tentatives vaines pour faire fonctionner l’ENT, l’Éducation nationale nous a proposé de générer des classes virtuelles sur la plateforme du CNED (Centre National d’Enseignement à Distance). Nous pouvons également nous appuyer sur l’outil Pronotes qui permet de gérer les notes et le cahier de textes.

  • Quel est le mode de fonctionnement d’une classe virtuelle ?

Moyennant un lien que l’on communique à chaque élève, ils accèdent à cette classe virtuelle où l’enseignant est le modérateur. En plus de l’audio et de la caméra, on peut également y tchatter, partager nos documents, nos onglets « chrome ». On peut sans difficulté faire un cours. Mais comme tout outil numérique, il connait quelques bugs et offre plus ou moins d’atouts en fonction de la discipline enseignée.

Finalement chaque enseignant s’adapte. Pour ma part, je leur donne une activité à réaliser une semaine à l’avance qu’ils doivent ensuite me poster sur Pronotes. Je leur communique ensuite un corrigé filmé où j’explique chaque point.

  • Les élèves sont-ils assidus ?

Quelle que soit la filière, générale, technologique ou professionnelle, on a un taux de participation assez élevé. Comme en classe, nous faisons l’appel pour vérifier la présence des élèves connectés. Malgré une dernière semaine, juste avant les congés scolaires, où on a pu constater un léger fléchissement, les élèves sont restés mobilisés. Pour éviter les décrochages et faciliter la mémorisation des apprentissages, on travaille beaucoup avec les quizz. Vous savez, globalement, la majorité des élèves nous disent qu’ils préféreraient être à l’école que chez eux !

Et puis certains sont confrontés à un problème tout simple : il n’y a pas forcément un ordinateur par personne au sein d’une famille avec plusieurs enfants scolarisés. Pour éviter le décrochage scolaire, on a dû revoir à la baisse la quantité de nos classes virtuelles et les devoirs. On voulait suivre le programme et on s’est vite aperçu que ce n’était pas possible avec ce mode de fonctionnement distancié. On a également réalisé toute l’importance du maintien du lien avec les élèves. Mes collègues de la filière professionnelle ont des contacts individuels et réguliers avec tous leurs élèves.

  • Comment avez-vous reçu la décision du gouvernement d’opter pour un baccalauréat sur contrôle continu ?

À l’annonce, j’ai tout de suite redouté qu’une bonne partie de mes élèves soit pénalisée. C’est tout l’avantage de l’épreuve finale d’offrir cette chance de se rattraper. Là, ils sont évalués sur les deux premiers trimestres. Ceux et celles qui n’ont pas travaillé, trouvent la décision cruelle mais juste au regard du travail fourni. Au final, ils sont très peu à être d’ores et déjà recalés.

Ceux qui ont au moins 8 de moyenne générale en contrôle continu sur les deux premiers trimestres, pourront se présenter à l’épreuve orale de rattrapage au début du mois de juillet. À ceux-là, on leur a dit : on rebondit ! On ne se décourage pas et on y va ! Sachant que ceux dont la moyenne est inférieure à 8, leurs dossiers seront également étudiés en commission pour un éventuel rattrapage en septembre. Donc rien n’est perdu ! Mais ils doivent pour cela, continuer d’être assidus et de travailler. L’année scolaire n’est pas terminée. Le ministre de l’Éducation nationale l’a confirmé, dès le début du déconfinement, les cours reprendront jusqu’à la fin du mois de juin. Ensuite, les professeurs seront réquisitionnés pour les oraux de rattrapage.