Personnalité

Elisabeth Crépon

Directrice de l'ENSTA ParisTech, présidente de la CTI

Les femmes ont tout autant leur place que les hommes dans les domaines du numérique, de l'intelligence artificielle. Plus elles oseront, plus leur place deviendra naturelle !

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Elisabeth Crépon forme l’élite des ingénieurs de demain : première femme à diriger l’ENSTA Paris tech, présidente de la CTI (commission des titres d’ingénieur), polytechnicienne, ingénieur de l’armement et docteur en chimie, Chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur… Et ce n’est qu’une partie de son parcours. 

N’en jetez plus, Elisabeth Crépon est une femme d’exception, qui incite les ingénieures de demain à oser plus pour qu’elle n’en soit plus une, justement. Rencontre avec une femme de défis mue par l’envie.

 

  • Vous avez un parcours exemplaire dans un milieu très masculin, qu’est-ce qui a fait la différence ?

C’est d’abord une passion pour une discipline, la chimie. Mais aussi pour la recherche et tout ce qui l’accompagne. Je suis quelqu’un d’enthousiaste et j’aime participer à un projet jusqu’au bout, depuis sa phase de conception jusqu’à sa concrétisation.

Mais je crois que ce qui a motivé mon parcours plus que tout, c’est l’envie ! Une envie profonde qui a motivé mon évolution de carrière et les opportunités que j’ai su saisir.

  • Qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui dans vos différentes missions ?

Le fait d’être dans les deux domaines, l’enseignement supérieur et la recherche, me permet d’être entourée de collègues à la pointe des connaissances pour les transmettre aux jeunes, afin qu’ils entrent dans la vie professionnelle avec un bagage au meilleur niveau. Ce qui me passionne, c’est d’adapter les méthodes pédagogiques à des jeunes qui ont grandi dans le numérique pour qu’elles restent attractives, mais aussi d’attirer les étudiants qui viennent d’horizons très différents et d’encourager la diversité.

  • Quels sont les enjeux de demain pour les futurs ingénieurs que vous formez ?

Ils sont multiples : il s’agit de conserver une expertise technique, tout en intégrant la révolution qu’impose le numérique aujourd’hui dans les différents domaines de l’ingénierie, comme l’Intelligence artificielle par exemple. Nous essayons, à l'ENSTA ParisTech, de faire en sorte que nos ingénieurs restent connectés aux réalités de leurs domaines d'expertise, qu'ils évoluent avec eux et s'y adaptent tout au long de leur carrière.

  • Les femmes ingénieures sont encore relativement peu nombreuses (30 % en moyenne, un peu plus à l’Ensta) : que faire pour qu’elles osent se lancer dans ces métiers ?

Le choix des jeunes filles pour une carrière scientifique se fait très tôt : dès le collège. C’est là qu’il faut intervenir, ce que nous faisons par exemple en 3ème pour leur expliquer le métier, qui s’adapte à tous les domaines y compris la santé, car elles en ont parfois une représentation erronée. C’est important de leur donner des modèles forts féminins auxquels elles peuvent s’identifier, mais c’est aussi important de leur montrer que les étudiantes qui ont choisi cette voie ont les mêmes doutes et incertitudes qu’elles.

  • Qu’est-ce-que vous dites à vos étudiantes à l’Ensta justement ?

On a une attention particulière pour nos étudiantes à l’Ensta, on s’est rendus compte lors d’un questionnaire qu’elles sous-valorisaient leurs perspectives salariales par rapport aux hommes. Elles ont une capacité d’auto-censure qui reste forte, elles doivent apprendre à s’affirmer dès le premier entretien d’embauche !

  • Vous parliez des domaines majeurs que sont le numérique et l’Intelligence artificielle pour demain. N’est-il pas important pour les jeunes femmes de se positionner dessus dès maintenant ?

Oui tout à fait, il y a vraiment un enjeu majeur là-dessus. Il est vrai que dans le domaine de l’informatique et du numérique, les femmes sont encore très peu présentes... il y a un certain nombre d’associations comme « Talents du numérique », qui font un travail de sensibilisation auprès des jeunes filles. Le nouveau programme du lycée propose une option « numérique », j’espère que cela va attirer plus de jeunes femmes dans ce domaine.

Les femmes ont tout autant leur place que les hommes dans les domaines du numérique, de l'intelligence artificielle, et plus globalement dans les métiers de l'ingénieur. Il ne faut pas qu'elles hésitent à s'y diriger ! Plus elles oseront plus leur place deviendra naturelle.