Culture

Janine Boissard

ROMANCIÈRE

Prendre de l’âge n’a pas d’importance, tant que je peux écrire. L’écriture, c’est ma respiration.

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Un chapitre palaisien

Connue à travers le monde entier pour ses romans populaires, devenus pour certains des best-sellers comme L'Esprit de famille, Une femme en blanc, Au plaisir d'aimer…, lautrice Janine Boissard avait prévu une rencontre avec ses lecteurs dans le cadre de la Semaine bleue, mercredi 4 novembre 2020, au Caveau Jazz. Si la rencontre a été reportée en raison du confinement, elle nous a offert incognito une interview exclusive à la librairie palaisienne La Fontaine aux livres.

  • Quel regard portez-vous sur votre carrière de romancière, sur votre succès ?

Je crois, et jespère surtout, avoir fait une œuvre. Cest ainsi que je vois le rôle de l’écrivain. Récemment un critique connu ma dit : « Dans cinquante ans, quand on voudra se renseigner sur la famille à notre époque, on lira vos livres. » Cela ma fait un immense plaisir. Jassocie toujours beaucoup l’écriture à la musique et à la peinture. Je suis une peintre de la famille. Cest un thème central dans mes livres parce quon est tous plus ou moins façonné par celle-ci.

  • Comment s’élabore la trame de vos romans 

Quand j’écris un roman, la première chose que je fais, cest une liste de personnages et je me demande : doù viennent-ils ? Comment étaient leur père et leur mère ? Le profil psychologique de lun et de lautre qui vont au final le définir. Cest un travail préalable important pour construire la cohérence densemble, notamment des comportements de chaque personnage. Un éditeur de chez Grasset ma dailleurs dit que peu dauteurs faisaient ce travail qui était pourtant très important. Tous mes livres sinscrivent dans le temps présent. Si bien que je me suis même posée la question de savoir si je devais leur faire porter des masques à présent. Jai interrogé mes lecteurs via les réseaux sociaux. Et la grande majorité ma répondu : « surtout ne parlez pas de masques ! Un roman pour nous, cest l’évasion ».

  • Des lieux à Palaiseau pourraient-ils vous inspirer ?

Je découvre pour la première fois Palaiseau, et je trouve que cest une très belle ville. Elle pourrait se retrouver dans lun de mes romans. Qui sait ?!... Cest important de venir sur place pour découvrir un lieu, pour noter le détail dont on se souviendra. Cest comme pour une histoire damour, on se souvient souvent dun soir, dun moment, dune musique, dune odeur… Et bien, ce détail-là, je vais le chercher sur place.

  • Quest-ce que vous avez envie de transmettre à travers vos romans ?

Je ne me suis jamais dit que javais envie de transmettre. La seule chose dont je sois fière cest quand les gens qui me lisent, me disent quils sont heureux et se sentent mieux à la lecture de mes livres. Quand je parle de moi dans mes romans, finalement je parle deux. Et cest cela pour moi le travail de l’écrivain, de révéler ce quils sont, de les aider à mieux se comprendre. Il y a chez moi, cette hypersensibilité depuis mon enfance qui me permet de ressentir, de sonder les gens.

  • À 87 ans, que signifie pour vous prendre de l’âge ?

Jai écrit plus de 65 romans et jai été la première femme à être publiée dans la série noire. Prendre de l’âge na pas dimportance, tant que je peux écrire. L’écriture, cest ma respiration. Avec six heures d’écriture par jour depuis l’âge de 18 ans, mon dos a énormément souffert. Je regrette de ne plus pouvoir faire autant de sport, moi qui était classée au tennis et qui adorait faire du ski. Je crois que la passion, quelle quelle soit, et le plaisir des rencontres sont essentiels pour nourrir notre vie. Et puis, jai 10 petits-enfants et deux arrières petits-enfants. Cest un bonheur immense. La grand-mère est irremplaçable, cest celle qui a le temps d’écouter.

  • Six heures d’écriture par jour, cest impressionnant…

Je vous ai dit comparer l’écriture à la musique. Et bien quand j’étais jeune, je faisais beaucoup de piano. On me disait que javais un bon toucher. De la même manière, jai besoin de toucher les mots et de prendre la plume. Je me relis à voix haute et jentends la musique de la phrase. Je la retravaille jusqu’à ce que sa mélodie me plaise.

  • Vous travaillez sur un prochain roman ?

Cest la première fois que jen parle. Tout se passe sur l’île dOuessant. Cest une sorte dode, dhymne à la mer que jadore. Cest un grand suspens et à la fois une histoire damour. Je nen dis pas plus, il devrait sortir en avril prochain.