Artisanat

Karim Jakouloff

Auto-entrepreneur

À l’échelle de notre groupe, nous avons produit plus de 30 000 modèles. Au niveau national, on a atteint les 300 000 ! Aujourd’hui, on peut annoncer que tous les hôpitaux du département de l’Essonne ont été fournis.

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L'aventure des "Visières solidaires"

Quand la technologie peut tout à coup devenir un formidable outil pour répondre à l’urgence d’une pandémie.
À l’instar de nombreux entrepreneurs français qui ont dû reconvertir leur activité, le Palaisien, Karim Jakouloff, à la tête de l’auto-entreprise Mini Miss Sugar, spécialisée dans la fabrication d’emporte-pièces sur internet, a rallumé depuis quelques semaines ses cinq imprimantes 3D pour une toute autre production : des visières anti-projections pour le personnel soignant. Une aventure entrepreneuriale et surtout humaine qu'il nous raconte.

  • Comment est venue l’idée de convertir votre imprimante 3D à la conception d’armature pour visière ?

Depuis le début du confinement, nous avons dû faire face à la chute des ventes comme de nombreux entrepreneurs ou commerçants. On a essayé de trouver des initiatives pour mettre à profit nos imprimantes 3D. Ma compagne, en naviguant sur les réseaux sociaux, a découvert une initiative lancée par un habitant de Brunoy (91), Anthony Seddiki. Il est à l’origine du projet en France, de fabriquer des visières anti-projections à l’aide d’imprimantes 3D pour équiper les hôpitaux alentours. Au début, il a fédéré quelques amis puis, très vite, le projet a pris de l’ampleur…

  • Vous êtes devenu un réseau important ?

Avant de devenir une association « Visières solidaires », c’était juste un groupe Facebook qui comptait une trentaine de membres au départ.
Dès l’instant où nous sommes devenus plus nombreux, nous nous sommes structurés par département via des groupes Facebook satellites. Pour ma part, quand je me suis lancé dans l’aventure, j’ai atterri dans le groupe 91- Essonne qui venait d’être créé. Au début, on était seulement une quinzaine. Après plus de trois semaines, on est arrivé à plus de 500 membres sur le département. C’est une organisation totalement inédite qui regroupe toutes les ressources et les savoirs-faire.

  • Vous parlez de différentes ressources ?

Oui, il n’y a pas que des fabricants alias des « makers ». Nous avons aussi des bénévoles, des personnels soignants, des potentiels fournisseurs… C’est un groupe qui rassemble des profils différents avec de multiples compétences. Moi-même, j’ai une formation de juriste à la base avec un doctorat en droit. Je continue de donner des cours en université tout en gérant mon e-commerce…
Au sein de « Visières solidaires » et du groupe essonnien, mon travail consiste à coordonner tout le travail des uns et des autres à l’échelle départementale, pour éviter les doublons au niveau de la distribution dans les établissements hospitaliers. Il faut aussi rationaliser le travail des « makers » d’un point de vue géographique.   

  • Combien de visières avez-vous produit jusqu’à maintenant ?

À l’échelle de notre groupe, nous avons produit plus de 30 000 modèles. Au niveau national, on a atteint les 300 000 ! Aujourd’hui, on peut annoncer que tous les hôpitaux du département de l’Essonne ont été fournis. On peut aussi citer les infirmières, les médecins qui sont amenés à gérer des cas de COVID-19. On a également équipé tous les sapeurs-pompiers de l’Essonne et une grande partie des forces de Gendarmerie. En plus des cabinets médicaux, nous continuons de fournir les EHPAD et les maisons de retraite. Depuis peu de temps, à l’approche du déconfinement, nous avons de plus en plus de demandes de professionnels de santé en prévision de la reprise de leur activité. Petit rappel important, on ne fournit pas les particuliers…

  • À quelles difficultés avez-vous fait face ?

Il faut rappeler que le don des visières est entièrement gratuit. Il a donc fallu investir au départ sur nos propres deniers. Pour soutenir notre action, nous avons donc mis en place une cagnotte en ligne sur la plateforme le pot commun sous le nom Shields 91 (https://www.lepotsolidaire.fr/pot/y9xr2d3u).

D’un point de vue opérationnel, la plus grande difficulté a été et reste l’approvisionnement en matériaux.
La conception d’une visière anti-projection nécessite beaucoup de bobines de plastique pour confectionner les armatures sur imprimante 3D, mais aussi d’autres fournitures comme les feuilles de reliure transparentes pour la visière et enfin des élastiques. Heureusement, nous pouvons compter sur la générosité de certaines sociétés qui nous font des dons. Les sociétés Bruneau, Thalès, Safran… mais aussi plusieurs collectivités territoriales sont venues apporter leur soutien matériel et logistique. Chefs d’entreprise, élus, bénévoles… tout le monde s’est mobilisé.

  • La Ville de Palaiseau vous soutient aussi dans votre action ?

Oui, elle vient de nous rejoindre dans l’aventure et une délibération du dernier Conseil municipal prévoit la mise à disposition de bobines de plastique et d’une salle pour le montage et le stockage des visières. Compte tenu de notre production, on a vraiment besoin de relais locaux et de bénévoles pour nous aider à monter les visières. J’en profite également pour faire un appel à toute personne ou entreprise qui posséderait une imprimante 3D pour rejoindre notre vivier de 1022 makers !

Vous avez une imprimante 3D qui n’attend plus que de rejoindre l’aventure ? Ou bien vous êtes soignant et souhaitez vous procurer une visière anti-projections ? Pour vous aider dans votre démarche, signalez-vous auprès de la mairie via laurene.tognon@mairie-palaiseau.fr.