Sciences

Nathalie Palanque-Delabrouille

DIRECTRICE DE RECHERCHE DE L'IRFU AU CEA DE SACLAY

C'est un grand honneur. Cette distinction vient récompenser mon travail pour faire avancer la recherche scientifique et faire connaître la science auprès du grand public.

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L’énergie noire : une nouvelle énigme dans l’univers

Directrice de recherche de l’IRFU (Institut de recherche sur les lois fondamentales de l’univers) au CEA de Saclay, et titulaire du Prix Irène Joliot-Curie en 2017, Nathalie Palanque-Delabrouille a reçu en mai dernier la plus haute des distinctions, la Légion d’honneur.

Entre deux vols pour les États-Unis, la cosmologue palaisienne fait un petit détour par la rédaction du Palaiseau Mag pour une interview exclusive.

  • En écho à la Fête de la science, racontez-nous les débuts de votre passion pour la science ?

Je me suis passionnée très tôt, d’abord pour son côté ludique. C’est comme une enquête policière, mais avec un but scientifique. Mon cursus était tout tracé avec une terminale scientifique, des classes préparatoires aux grandes écoles avant d’intégrer Télécom Paris.

Mais je voulais aller au-delà du métier d’ingénieur. Je suis donc partie aux États-Unis durant deux ans pour faire un master’s degree, avant de travailler une thèse en cotutelle avec les universités de Chicago et Paris VII. Elle portait déjà sur la cosmologie et la compréhension de l’univers, plus particulièrement l’étude des amplifications lumineuses autour des étoiles du grand nuage de Magellan, des galaxies satellites de notre Voie lactée.

  • Que pensez-vous de cet événement ?

Je trouve cela fantastique pour plusieurs raisons. Parce que la science s’ouvre à tout le monde, et ne reste pas cloisonnée aux seuls scientifiques ou spécialistes. Cela permet également à des jeunes qui seraient intéressés par des métiers scientifiques de se rapprocher de professionnels, de pouvoir poser des questions.

Ouverte à tous les publics, la formule est simple, décontractée et facilite les contacts. J’essaye le plus souvent possible d’intervenir ou d’encourager mes étudiants à participer à ces animations. À cet égard, je contribue tous les ans au Festival d’Astronomie de Fleurance dans le Gers. Je donne également des cours, des séminaires…

  • Quelles sont les dernières avancées notables en cosmologie, votre domaine de prédilection ?

Il y a des grandes énigmes qui ne sont pas encore résolues, notamment celle de la matière noire. Il y a aussi celle de l’énergie noire qui est une découverte encore plus récente qui pose énormément de questions. Elle représente 70 % de l’énergie qui compose l’univers. Il s’agit d’une nouvelle forme de matière incomprise. En 1998, lors de recherches menées sur le ralentissement supposé de l’expansion de l’univers régi (nous le pensions) par la loi gravitationnelle, on s’est aperçu à la surprise générale, qu’au contraire, l’expansion s’accélérait. Cette découverte remet en cause toutes nos certitudes. L’étude de l’énergie noire et son incidence sur ce phénomène pourraient nous apporter des réponses.

Des expérimentations sont en cours pour déterminer la source de l’accélération de cette expansion, dont le projet sur lequel je travaille en collaboration avec plus de 650 chercheurs dans le monde. À l’aide d’un télescope très puissant aux États-Unis, nous étudions l’expansion à travers les âges remontant le passé de l’univers sur plus de 11 milliards d’années pour comprendre ces phases d’accélération. Ces recherches sont passionnantes…